Mise en contexte:

Vous venez me voir et me demandez, naïvement: comment décrire Plastrer la Lune de Fred Fortin en un seul mot?

Hem… Question piège! répondrais-je. Aucun mot humainement prononçable n’arrive à définir adéquatement le sentiment particulier que l’écoute de cet album me procure. Fortin, nous ne nous le cacherons point, est un génie en son genre. Peu d’artistes québécois parviennent, en mon sens, à atteindre le niveau de ce multi-instrumentaliste talentueux. Sa réputation n’est d’ailleurs pas à faire, étant un chouchou de la critique québécoise, un ami et collaborateur fréquent d’Olivier Langevin (Galaxie, ex-Galaxie 500), avec une personnalité qui lui est propre, tout le côté fringant, ironique et, aujourd’hui moins qu’avant, peu commercialement centré de sa musique. Personnellement, j’adore. 

Plastrer la Lune est un recueil de 11 chansons qui s’écoulent sur environ 36 minutes. Chacune des pièces a sa place sur l’album, les thèmes musicaux et lyriques variant selon les humeurs de Fortin. Plusieurs sujets fondamentaux de la vie sont abordés sur cet album: la gomme framboise et pomme, les « p’tites charrues » qui travaillent au Dollorama, les vieux garçons squatteux de sous-sol parental… Personne n’y échappe. C’est un véritable massacre à l’harmonica, soutenu par un langage cru teinté de l’accent du Lac St-Jean, maintenant devenu typique de Fortin et de sa bande de chez C4.

Il y a quelque chose de fantastique dans le style de composition de Fred Fortin; on dirait qu’il n’y a pas de filtre entre ce qu’il pense et ce qu’il enregistre sur ses albums. Je m’explique: il n’y a aucunes règles dans sa musique. Il utilise adroitement les contretemps, les sonorités étranges et les notes  »interdites » (disons inappropriées à l’oreille…) qu’il arrive pourtant à rendre plaisantes. Le plus intéressant c’est que plus on l’écoute, plus on l’adopte. Pour vous faire une idée, je vous conseille d’écouter la pièce-titre de l’album, Plastrer la lune. Même François Lafontaine, claviériste de Karkwa, a avoué dans le film Face au Mur de Bande à Part,  qu’il n’y comprenait rien!  Autre point: les textes de Fortin sont hilarants. C’est un album solide sur tous les sens: musicalement, lyriquement… et même visuellement! Oh oui, moi qui suit un consommateur de ce qu’on appelais dans mon temps les CD (j’avise au cas où des fanatiques du mp3 liraient ceci), j’ai trouvé la pochette particulièrement attirante dans le rayon du disquaire, celle-ci nous présentant une très belle image d’un énorme navire chaviré dans des eaux glacées… brrr!!!

Finalement, il n’est pas peu dire que Plastrer la Lune vient se placer dans ce que j’appellerais mon palmarès de la musique québécoise! C’est vraiment un album d’une très grande qualité et d’une originalité surprenante, même les habitués de Fred Fortin et de son style ont été décoiffés par ce petit chef-d’oeuvre. Je ne peux que le conseiller et, même si vous êtes profane de son travail antérieur, je vous garantis que vous apprécierez ce voyage dans la tête d’un musicien qui gagne à être entendu.

 Ma note: 9/10!

 

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