Ça faisait déjà deux ans que le groupe bluegrass Trampled by Turtles ne nous avait pas livré de nouveau matériel, et c’était avec beaucoup d’anticipation que j’attendais la parution de leur septième album studio, Wild Animals.

Originaires de Duluth, Minnesota, ces countrymen du Nord nous en avaient mis plein la vue en 2010 avec leur album Palomino, sur lequel on retrouvait des pièces à couper le souffle, telle l’effrenée «Wait So Long » ou encore la magnifique ballade «Victory ». En 2012 paraissait Stars and Satellite, album plus réservé que ses précédesseurs mais néanmoins d’une grande finesse, plus tranquille et mature, sans toutefois

oublier l’aspect fêtard et endiablé caractéristique de la musique bluegrass. Que peut-on dire de Wild Animals? Trampled by Turtles est-il toujours au sommet de la musique bluegrass contemporaine?

À la première écoute de Wild Animals, une constatation frappe: on n’y retrouve aucune pièce instrumentale, qui autrefois faisaient le bonheur des mélomanes et étaient de toute évidence un ingrédient essentiel de la recette magique du groupe. Autre constatation: la quasi-entièreté de l’album est composé de ballades et de tranquilles chansons, s’apparentant beaucoup plus à du country/pop qu’à du bluegrass. Excepté sur les titres «Come Back Home » et «Western World », où le banjo et le violon ne se gênent pas de déverser avec furie leurs riffs énergiques et dansant, on a droit à un album calme, serein, voire monotone. Pas que les ballades soient mauvaises, même au contraire: qu’ils fassent dans le rapide ou le lent, les gars de Trampled by Turtles ont toujours su livrer une musique country bien dosée. Malheureusement, leur dernier album s’enlise dans le cliché du cowboy triste, délaissant presque totalement ce qui avait fait leur succès initial, soit une formule typiquement bluegrass, où à tour de rôle chaque musicien nous livre un solo plus impressionant et plus rythmé que le précédent, exploitant au maximum leurs talents.

Suis-je en train de dire que Wild Animals est une déception? Partiellement, oui. La qualité ne manque pas, les arrangements sont bien ficelés, les mélodies accrocheuses. Néanmoins, la flamme qui brûlait les cordes de cet ensemble guitare/basse acoustique, mandoline, violon et banjo semble s’éteindre lentement. Peut-être par soucis commercial, dans l’optique de rejoindre plus de gens? À mes yeux, la formule semble douteuse, vu le succès instantané de «Wait So Long », une des plus endiablées et des plus attrayantes chansons de bluegrass de la dernière décennie. En conclusion, Wild Animals est un album à écouter en fin de soirée, avec un petit verre à la main, pour relaxer ou pleurer ses quelconques peines; ceux qui autrefois avaient un aura d’amuseurs de foule se sont transformé en romantiques lyriques. Je doute que délaisser le bluegrass au profit d’un country/pop soit une bonne idée, mais quoi qu’il en soit, qui suis-je pour leur dire quoi faire?

Ma note: 6.9/10