«Cré-moi, cré-moi pas »… mais le country revient à la saveur du jour! Les gars de Trampled by Turtles, du Minnesota, valent à se faire découvrir avec leur «bluegrass progressif » qui révolutionne une musique ancrée dans les valeurs traditionnelles. Oui, le style de Trampled by Turtles est particulier. Entendons-nous d’ailleurs tout de suite sur le sens de «progressif » ici utilisé: il ne s’agit pas de musique progressive dans le sens globalement reconnu du terme (ex: Pink Floyd), mais plutôt d’un usage qualificatif tiré du mot progrès, dans son sens propre. Car si le country n’a rien de nouveau, leur manière de l’interpréter sort des bornes de l’ordinaire.

Pour vous permettre une bonne compréhension de ce que j’avance, je vous conseille fortement, si ce n’est pas déjà fait, de faire jouer le vidéo de la chanson Wait So Long qui est présenté ci-dessus. Vous constaterez rapidement que ces gars-là savent jouer de la musique, et qu’ils mettent tout leur talent au profit de nos oreilles. Une des particularités de Trampled by Turtles, du moins pour un groupe vendu comme «alternatif » en 2011, c’est de ne pas avoir de batterie en son sein. Il s’agit en effet de la réunion de cinq instruments à cordes, soit la guitare accoustique, la basse accoustique, la mandoline, le violon et bien sûr le banjo. Avec une combinaison aussi explosive, nulle réelle nécessité de batterie: la percussion est naturellement portée par le rythme de toutes ces cordes. D’ailleurs, Trampled by Turtles sort quelque peu des normes rythmiques du bluegrass à différentes occasion: si la tradition veut que la basse joue les temps et la mandoline les contre-temps, nos musiciens s’en préoccupent peu et préfèrent se laisser aller à différentes expérimentations musicales. Notez par contre un élément «classique » du bluegrass dans leur musique: la fréquence des solos et la place qui y est accordée à chaque instrument, permettant de multiples courtes manifestations de virtuosité.

Palomino est le 5e album du groupe, paru en 2010. Il offre une variété musicale riche et intéressante; si certaines pièces se veulent être dynamiques, voire endiablées (Wait So Long, It’s A War, Feet And Bones…), d’autres penchent plutôt du côté des traditionnelles ballades du cowboy solitaire (Bloodshot Eyes, Again…). On y retrouve également deux excellentes pièces instrumentales (New Son/Burnt Iron et Sounds Like A Movie) ainsi que des pièces que je qualifierais d’amalgames de tous ces genres, avec une petite touche pop-country (Separate, New Orleans). Une des chansons diffère grandement des autres, et pourtant est selon moi une des meilleures de l’album: il s’agit de Gasoline, qui a un son génial nous rappelant le bayou et la Nouvelle-Orléans, avec une touche délirante à la Fred Fortin. De quoi faire frissonner les amateurs du genre.

J’aurais dû connaitre Trampled by Turtles bien avant, je ne peux que l’avouer, mais comme dit le proverbe, mieux vaut tard que jamais. Palomino, leur cinquième album, est d’une excellente qualité et bénéficie d’une production mettant en valeur la largeur impressionnante de leur son, si je puis me permettre l’expression. Car oui, Trampled by Turtles a un son large, qui remplira vos oreilles avec une alternance de vigueur et de mélancolie. Aussi, les influences historiques irlandaises du bluegrass occupent une place de choix sur l’album Palomino et même sur ses prédécesseurs. Le simple agencement de ces cinq instruments à corde pourrait suffire pour le prouver si le son irlandais n’était pas assez évident dans plusieurs de leur pièces, surtout celles qui sont instrumentales. Bon, je peux tout de même vous concéder un point: la voix du chanteur, qui a tendance à chanter du nez, peut être parfois irritante. Mais comprenons-les; l’album a beau être sorti en 2010, le country reste… le country!

Ma note: 7,2/10

Partager sur