Ça y est : c’est l’heure de l’introspection. 2014 fut une grosse année en termes de sorties musicales, plusieurs monuments de la scène internationale nous ayant délivré de nouveaux albums; pensons par exemple à Pink Floyd, aux Foo Fighters, à Weezer ou encore à Leonard Cohen. La scène indie fut elle aussi chambardée de musique de qualité; les Broken Bells, Interpol, St. Vincent et Spoon de ce monde nous ont gâté, avec des productions qui s’illustrent parmi les plus raffinées de ces artistes. Alors, qu’a-t-on a préféré cette année?

 

14. Key OG – The Choice

Le Québec est un terreau fertile de talent, et Key OG nous le confirme avec leur premier album, The Choice. La richesse des textures audio, la qualité des influences et des styles élaborés, la diversité des instruments et des ambiances, nous faisant passer du nu-jazz au rock, avec détours vers le funk et la soul, le tout avec énormément de groove, sont la sacralisation du talent du groupe montréalais. Etienne Miousse et ses acolytes, par une grande créativité et une incroyable capacité à synthétiser les qualités propres à différents styles musicaux, s’illustrent comme des musiciens à la hauteur de toutes attentes, n’hésitant pas à se faufiler entre variations rythmiques, contretemps, solos et détentes. Un voyage ponctué d’une chimie musicale et d’une imagination mélodique qui ne laissent pas indifférents; une des meilleures découvertes de l’année.

 

13. Interpol – El Pintor

Bien des craintes suivirent de départ du bassiste Carlos Dengler d’Interpol en 2010. Comment le groupe allait-il s’en remettre? Le défi fut relevé avec brio par Paul Banks et sa bande avec la parution de l’album El Pintor, un des plus intéressants du groupe indie rock new-yorkais à ce jour. Faisant visiblement un retour aux sources en puisant dans leurs vieilles sonorités post-punk, certains réfractaires y verront un manque d’originalité, tandis que d’autres en seront comblés, retrouvant le son qu’ils ont tant apprécié il y a une décennie. Un album aux ambiances obscures, atmosphériques, romantiques, qui trouvera facilement oreilles.

 

12. Talfast – If Only We Could Sing

S’il est un nombre presqu’infini d’artistes à découvrir, certains le méritent plus que d’autres : c’est notamment le cas de Talfast, duo électronique rimouskois qui depuis quelques années déjà expérimente sur différentes vagues de sonorités et d’ambiances électros. Leur tout dernier album, If Only We Could Sing, s’éloigne du premier opus, La Machination, album technique et mécanique, vers quelque chose de plus accessible et dansant. S’intégrant dans la plus récente vague d’électro québécois (pensons au dernier Plaster ou encore à Misteur Valaire), Talfast pousse l’expérimentation, flirtant avec l’électro-swing, mais aussi avec des ambiances plus obscures, rappelant parfois Akido, et qui feraient office de trames sonores parfaites pour quelques films de suspense ou jeux vidéo. Un incontournable pour les amateurs de musique électronique et pour les amoureux de la scène québécoise.

 

11. Weezer – Everything Will Be Allright In The End

S’il est un groupe qui a su plaire à son vieux public en 2014, il s’agit bien de Weezer. Everything Will Be Allright In The End s’avère en effet être un retour aux sources pour le groupe, délaissant les influences pop électroniques adoptées sur les deux précédents albums pour revenir à ce que Weezer fait le mieux : du rock alternatif teinté de powerpop, des séquences de guitare simples et des mélodies vocales accrocheuses. Album précurseur d’une nouvelle ère pour Rivers Cuomo et ses acolytes, les innovations y côtoient le son classique du groupe.

 

10. Chet Faker – Built On Glass

C’est d’Australie que nous vient Chet Faker, musicien ingénieux qui marie à merveille l’indie-pop, l’électro et la soul sur ce premier album studio. Avec sa voix en or, l’artiste nous propose un album original, dont on ne retrouve que très peu de contemporains. Il sort en effet des sentiers battus, tout en s’assurant de nous offrir un contenu musicalement abordable, formé de mélodies accrocheuses et de chansons qui risquent les unes après les autres de devenir des succès. Sans même parler de sa collaboration avec Flume, qui nous ont offert un EP de trois chansons, Chet Faker est un artiste émergent qu’il faudra suivre au fil des prochaines années. Encore difficile à comprendre que l’engouement énorme qu’il a connu chez lui en Australie ne se soit pas entièrement reflété ici en Amérique; néanmoins, le succès vient à qui sait attendre, et nul doute ne subsiste quant au fait qu’il saura séduire la planète grâce à sa musique.

 

9.    Monogrenade – Composite

Composite, le deuxième album du groupe Monogrenade est une véritable perle : conservant le raffinement esthétique de leur premier opus, le groupe réussit un tour de force en y intégrant des textures plus profondes, notamment par l’inclusion de sonorités électroniques. La douce voix de Jean-Michel Pigeon nous berce sur ce recueil de dix chansons qui saura à la fois plaire aux fans et séduire un nouveau public; notons d’ailleurs la magnifique et inquiétante fermeture de l’album, Le fantôme, ainsi que l’intéressante collaboration de Marie-Pierre Arthur sur la pièce Labyrinthe. Mention spéciale : album québécois de l’année.

 

8.    Lana Del Rey – Ultraviolence

Le retour de la diva Lana Del Rey s’est fait tout en beauté cette année grâce à une production impeccable de Dan Auerbach, guitariste et chanteur des Black KeysUltraviolence porte son nom à la perfection, la dépressive mélancolie lyrique de la chanteuse nous entraînant dans un univers d’amour et de haine, de tendresse et de violence, de sexualité et de sensualité. L’ambiance musicale typique de Nashville sur laquelle sont portés ces mots relève le caractère chaud de l’album, pour un résultat des plus convaincants.

 

7.    MØ – No Mythologies To Follow

La musique pop a connu une évolution plus qu’intéressante cette année, avec la parution du premier album de la chanteuse danoise , intitulé No Mythologies To Follow. Puisant dans un répertoire plutôt varié, qui oscille entre indie, pop et même hip-hop (au niveau des rythmiques), la jeune artiste crève littéralement la scène avec son attitude rebelle et décontractée. On sent en effet la liberté suer de cette petite œuvre musicale, qui saura plaire non seulement aux amateurs de musique pop, mais également aux tranches plus indie de la population. Notons la beauté des arrangements musicaux, souvent simples mais offrant une diversité non négligeable.

 

6.    Caribou – Our Love

Nul palmarès musical de 2014 qui se respecte ne peut passer outre Our Love, du producteur/DJ canadien Caribou (Daniel V. Snaith). Optant pour une approche musicale moins élitiste et plus abordable, ses précédents albums relevant d’une technicité ne pouvant pas nécessairement plaire à tous, Our Love est une vraie réussite : un album d’EDM (electronic dance music) ponctué notamment d’influences breakbeat, une nouveauté pour Caribou. Plus pop que ses prédécesseurs, mais tout aussi excellent : Our Love reste dans la lignée de Swim, paru il y a déjà quatre ans, tout en innovant d’une manière qui permettra un élargissement du public. Un petit bijou de musique électro, un incontournable dont on ne se lasse pas.

 

5.    Spoon – They Want My Soul

Après quatre ans de silence studio, les Texans du groupe indie rock Spoon nous ont offert cette année un huitième album, They Want My Soul, qui se hisse sans misère au sommet des meilleures parutions de 2014. Conservant leur touche particulière, les gars de Spoon réussissent quand même à se réinventer, du moins partiellement, par l’exploration d’ambiances jusqu’ici inconnues. En effet, on inclut ici quelques éléments pop/électroniques à ce cocktail déjà plus que délicieux, pour un résultat qui ne laissera personne sur sa soif.

 

4.    Broken Bells – After the Disco

Brian Burton (alias Danger Mouse) et James Mercer (The Shins) nous avaient éblouis lors de la parution du premier album de leur projet musical commun, Broken Bells. De retour en 2014 avec un deuxième album, After The Disco, le duo improbable nous offre encore un produit musical de qualité supérieure, tanguant entre l’indie rock, la pop et, jusqu’à un certain point, le disco. Rythmiques entraînantes, mélodies accrocheuses, et performance live à couper le souffle : Broken Bells n’a définitivement pas perdu la main, et s’illustre avec éminence parmi ce palmarès annuel.

 

3.    First Aid Kid – Stay Gold

Directement de Suède, le groupe First Aid Kit, formé des soeurs Johanna et Klara Söderberg, nous a offert un album qu’on n’est pas prêt d’oublier : Stay Gold. Sublime folk teinté de country et d’indie-pop, le troisième album du duo est sans contredit leur meilleur, se méritant une production impeccable donnant une richesse incontestable, par la qualité des sonorités et la profondeur des textures, à ce mélange déjà plus qu’harmonieux de guitares et de voix féminines. Car oui, Stay Gold, c’est un album folk, mais fait en grand : les sections de cordes offrent un support rigoureux au reste, l’ambiance de l’album se voyant être léché, travaillé, fin. Mention particulière : la pièce My Silver Lining, qui est sans contredits une des meilleures chansons de l’année.

 

2.    Odesza – In Return

Duo électronique qui jusqu’ici n’avait que des publications numériques, Odesza nous a cette année fait le cadeau d’un tout premier album disponible en format physique, In Return. Nulle cachette n’est ici nécessaire : c’est du solide, c’est dynamique, dansant, mais aussi planant et envoûtant. Des sonorités riches et des rythmes entraînants, des mélodies accrocheuses et des collaborations intéressantes, on comprend pourquoi Odesza est invité dans la plupart des grands festivals de musique tout autour du globe. Si l’EDM a beaucoup évolué au cours des dernières années, Odesza contribue à lui donner un vent nouveau; n’inventant rien, ils réussissent néanmoins à rafraîchir la scène électronique, à lui offrir une alternative en finesse, combinant certains des meilleurs éléments de différents styles de ce genre de musique. Un album à découvrir ou à redécouvrir, le meilleur album électro de l’année 2014.

 


1.   
The War On Drugs – Lost In The Dream

Difficile de cerner avec précision Lost In The Dream, troisième album du groupe philadelphien The War On Drugs. S’il s’agit définitivement de musique indie rock, on y retrouve des influences diverses, allant de sonorités americana à des ambiances folk, en passant par des rythmiques pouvant parfois invoquer le post-punk/new wave et des envolées intersidérales quasiment shoegaze. S’ouvrant sur Under the Pressure, une pièce de presque neuf minutes se terminant par des ambiances plus que planantes et suivie par Red Eyes, une des meilleures chansons de l’année, il s’agit d’un album magnifique, définitivement du grand art musical. Acclamé par la critique, Lost In The Dream permettra sans l’ombre d’un doute au groupe de s’illustrer comme un de ceux dominant la scène indie américaine. Planant, réconfortant, doux et profond : difficile de résister à un album d’une si grande qualité. Pas étonnant qu’on le perçoive comme le meilleur album du groupe à ce jour, et que toutes les critiques musicales lui aient levé leur chapeau. C’est donc sans hésitation et sans grande surprise que Lost In The Dream, par The War On Drugs, est déclaré Album de l’année 2014. À écouter et réécouter, à adopter et à aimer.

 

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