S’il est un groupe rock dont l’évolution se fait dure à suivre, il s’agit bien des Strokes. Les histoires de conflits, de bouderies et de chicanes résonnent en leur sein depuis quelques années déjà, à tel point qu’on se demandait s’il y aurait bien et bel une suite à Angles, paru en 2011. Hé bien la voilà, cette suite : Comedown Machine, un album encore une fois très différent de ses prédécesseurs, sur lequel The Strokes se permettent, comme sur Angles, d’explorer différents univers musicaux.

Ainsi, si la tonalité générale du groupe new-yorkais reste encore beaucoup plus pop qu’à ses débuts, on ne reste toutefois pas sur notre faim. L’entrée de jeu se fait sur Tap Out, hymne pop/rock plutôt doux aux oreilles, teintée de légers contretemps (lesquels sont omniprésents sur l’album, chapeau au jeu des guitaristes) qui ne sont pas pour déplaire. S’en suit All The Time, premier single officiel (mais deuxième extrait), qui à mon oreille est la pièce se rapprochant le plus du bon vieux temps d’Is This It et de Room on Fire.

Le troisième morceau, One Way Trigger, qui fut le premier extrait rendu disponible sur Internet avant la sortie de l’album, est probablement le plus difficile à avaler pour les vieux fans. Julian Casablancas sort de son registre tonique habituel (et y reviendra à maintes reprises), chantant d’une petite voix aigüe qui en surprendra plusieurs. La ligne rythmique et mélodique principale de la chanson, est, comment dire, très spéciale. À l’écouter, j’ai l’impression d’entendre une pièce latino tex-mex électro, ou je ne sais quoi encore. C’est d’ailleurs face au désarroi des fans que The Strokes a décidé de ne pas utiliser One Way Trigger comme premier single, même si elle fut le premier extrait. Quoi qu’il en soit, maintes écoutes vous amèneront probablement à l’apprécier : cette petite mélodie qui m’agressait légèrement au départ est devenue douce à mon oreille, et la qualité du refrain, qui semble tout droit sorti de First Impressions of Earth, nous fait oublier les lacunes qui le précèdent. Comme quoi y’a juste les fous qui ne changent pas d’idée.

On continue en beauté sur Welcome To Japan, définitivement une de mes préférées de l’album. Un bon rock plutôt léger, des paroles de relations foireuses, tout ce qu’on aime des Strokes. On retrouve ici encore un usage très esthétique des contretemps; si les Strokes ont quelque peu perdu leur vieux son garage, ils ont grandement évolué et conservent une originalité qui leur est bien propre. Le cinquième morceau, 80s Comedown Machine, semble jouer exactement le même rôle ici que Ask Me Anything sur First Impressions of Earth; c’est une sorte de transition,  une pièce douce et relaxante, qui met d’ailleurs fin au premier côté du disque (lorsque vous l’écoutez sur un vinyle 33 tours).

Le deuxième côté du disque commence en force avec 50/50, un hommage évident au vieux punk de la fin des années ’70-début ’80. J’ai été agréablement surpris de ce voyage dans l’univers punk, qui parvient à métisser ce genre musical avec le son particulier des Strokes. Rien de désarçonnant, donc; plutôt un interlude à l’opposé complet de la chanson précédente. S’en suit Slow Animals, qui à mon oreille rejoint, esthétiquement parlant, la première et la quatrième pièce : du bon rock feutré, un refrain accrocheur, The Strokes version moderne, quoi! Une édition alternative de cette pièce est aussi disponible sous le nom de Fast Animals, et peut être entendue sur le B-Side du single 45 tours All The Time.

Partners In Crime est une autre bonne pièce rock qui marque bien le ton de l’album. On perçoit ici encore une continuité, une logique : les éléments pop ramènent à l’idée de la revigoration du son du groupe, tandis que l’emballage lui-même de la pièce est d’une fidélité impressionnante à l’image du band. C’est tout à fait différent avec la suite : Chances est définitivement hors des normes établies par The Strokes. Casablancas abuse ici des voix aigües sur une douce chanson électro-pop qui, je dois l’admettre, est plutôt ordinaire. Ce n’est vraiment pas le moment fort de l’album. Heureusement, les gars se reprennent en main avec Happy Endings, une autre des meilleures chansons de Comedown Machine. On y retrouve en effet un excellent jeu de guitare, du pur Strokes, et une ligne drum & bass qui ne décevra pas les vieux fans. Le tout se conclue sur Call It Karma, Call It Fate, une autre pièce tranquille qui clos l’album sur une note apaisante.

Au final, quoi en penser? Un excellent album, entièrement à part de ce à quoi les Strokes nous ont habitués. Définitivement pas leur meilleur, on regrette encore la sonorité classique du groupe, disparue en 2011 avec Angles. Il n’en reste pas moins que je suis satisfait, et que mon vinyle transparent limité à 1000 copies est une des pièces que je préfère à ma collection.

Ma note : 7.6/10

 

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