Les Blacks Keys ont raccroché leurs chapeaux de cowboys. C’est l’image qui m’est venue en tête lorsque j’ai écouté leur tout nouvel album, que j’attendais impatiemment. Celui-ci s’appelle El Camino, ou l’art de la grande échelle…

Il faut se le dire: comme album rock commerical, c’est réussi. Une production impeccable de notre cher ami Danger Mouse, bien connu non seulement pour avoir réalisé Attack & Release (2008) et Brothers (2010), mais également pour ses contributions avec entre autres Gorillaz, Sparklehorse et Daniele Luppi. Les Black Keys enchaînent les riffs accrocheurs dès la pièce d’ouverture, Lonely Boy, succès instantané, suite à la diffusion virale de son vidéo sur internet. Dès la deuxième pièce, Dead And Gone, on sent la force influence de Danger Mouse; on pourrait confondre la chanson avec son groupe indie/rock, Broken Bells. Au troisième morceau, Gold On The Ceiling, qui aurait bien pu être sur Brothers, on reconnaît le son que se sont donné les Black Keys ces dernières années. Arrive la catastrophe: Little Black Submarines! Ouh la la, je vous mets au défi de vous enfiler Stairway to Heaven de Led Zeppelin avant de l’écouter… Disons que l’inspiration n’était pas au rendez-vous, l’originalité atteignant son point zéro.

Vous me suivez toujours? Continuons le voyage. Money Maker. Un étrange mélange des Black Keys, des Arctic Monkeys (allez écouter Potion Approaching…) et des Queens of the Stone Age. Autrement dit, du déjà entendu. Vient ensuite ma chanson favorite de l’album: Run Right Back. Ici, on retrouve le coté roots du groupe, ce son qu’ils ont préféré mettre en veilleuse. Le riff mélodique sonne «à-la-Muddy Waters», un vrai délice pour les oreilles. C’est exactement le genre de musique à laquelle je m’attendais, du bon rock simple et efficace, teinté de blues et de country. Tout le contraire de la pièce suivante, Sister, qui semble sorti tout droit d’un concert de Bon Jovi. Puis vient Hell of a Season, la chanson émotive de l’album, conçue sur le modèle de tous ces hymnes pop-rock chantés par les jeunes ados. La montée de puissance finale est d’ailleurs remarquable sur ce niveau, le tout teinté d’une impression des Strokes et, encore une fois, de Broken Bells. Décidément, Danger Mouse a apposé sa griffe à l’album des Blacks Keys. Dommage que le résultat n’impressionne pas autant que celui des deux précédents opus. Rendu au neuvième titre, Stop Stop, ça devient indigeste, d’autant plus qu’une intro accrocheuse cède la place à un mauvais cliché de Cage the Elephant, qui, sur leur deuxième album, essaient eux-même de copier les Arctic Monkeys. Décevant. Nova Baby? À peu près le même pattern. Décidément, ils y ont mis la sauce. La chanson n’est pas mauvaise en soi, mais reste que je n’ai pas envie d’un re-mâchage de la radio FM lorsque j’écoute un CD des Black Keys.

Vient finalement la pièce finale, Mind Ereaser. Ouf, sauvés! Ça termine en beauté! Une bonne chanson rythmée de R&B, coulant dans un rock soft, simple et profond. J’aime. Peut-être parce que je m’y attendais. Peut-être qu’après tout, c’est l’effet de surprise qui m’a désarçonné en écoutant El Camino, moi qui suis tant conservateur et qui ne vis que pour mon confort douillet et pour l’entretien d’une routine ennuyante et éternelle. Mais peut-être aussi que les Black Keys ont simplement décidé qu’ils frappaient plus gros, en atteignant le plus large public possible, déjà qu’il atteignait la masse de plein fouet, comme on l’a vu avec la trôlée de Grammys et autres distinctions obtenues avec Brothers.

Pas de chance, ils m’avaient déjà atteint depuis longtemps, et ils auraient dû penser à me garder.

Ma note: 5.2/10

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