Cinq ans! C’est le temps qu’il a fallu au duo Ratatat pour concocter Magnifique, son cinquième album studio. Une question fatidique surgit donc : l’attente en a-t-elle valu le résultat, le jeu en a-t-il valu la chandelle? La réponse ne saurait être plus franche et affirmative: oui! Magnifique est une œuvre incontournable, un récit musical qu’on ne peut manquer!

Il n’aura fallu qu’un premier extrait, Cream on Chrome, paru il y a plusieurs semaines déjà, pour nous envoûter. Dynamique, léché, entraînant, le premier single de l’album (qui est également la première pièce après l’introduction) a relevé la barre de nos attentes. Ratatat allait-il nous offrir un produit d’aussi haute qualité, l’album allait-il atteindre les mêmes standards esthétiques que Cream on Chrome? La réponse ne s’est pas fait attendre après la parution d’un deuxième titre, Abrasive. Rythmiques carrées, guitare et basse aux sonorités un peu garage, c’est presque du rock auquel nous avons eu droit. Et pas n’importe quel rock: celui de New York, porté à bout de bras depuis une quinzaine d’années par des figures comme The Strokes. Car oui, les clins d’œil au groupe de Julian Casablancas sont récurrents; nous y reviendrons.

La beauté première de Magnifique est son caractère de synthèse; afin de bien apprécier cette particularité, un bref survol de l’œuvre de Ratatat s’impose. Les deux premiers albums du groupe, Ratatat (2004) et Classics (2006), furent, je l’avoue, parmi les tous premiers à m’ouvrir au monde de la musique électronique. Malgré une fidélité aveugle dédiée aux musiciens « qui jouent d’un instrument » (donc un rejet dogmatique des producteurs électroniques et autres DJs), j’ai immédiatement adoré ces œuvres, probablement grâce au fait qu’E*Vax et Mike Stroud, les deux membres du duo, jouent de la guitare électrique et de la basse. Instruments à cordes et musique électronique? « Pourquoi pas? », me suis-je dit, m’ouvrant du fait-même à un large univers musical. S’en suivirent LP3 (2008) et LP4 (2010), où l’évolution ne se fit pas attendre: Ratatat y innova davantage, délaissant des structures basées sur les guitares pour s’enfoncer dans des univers expérimentaux, notamment en basant leurs pièces sur des boucles rythmiques. Le coup fut réussi, et j’y adhérai, fébrile.

Vous avez peut-être remarqué que durant cette période, le duo lançait un album aux deux ans; la plus longue période de maturation qui a précédé Magnifique explique probablement sa profondeur et son caractère englobant. Car aujourd’hui, en 2015, Ratatat se renouvelle, non pas par une redéfinition, comme tant d’autres artistes, mais bien par une définition de soi. Alliant à la fois le caractère plus épuré des deux premiers albums, principalement par la composition de structures basées non pas sur des boucles rythmiques mais bien sur des lignes de guitares, tout en conservant la touche expérimentale des deux seconds opus (pensons aux titres Countach ou Cold Fingers), Magnifique (qui porte d’ailleurs son nom à merveille) se positionne comme un album central, un pilier rassemblant et soutenant les deux époques musicales qu’a connues le groupe. En d’autres mots, un tour de force ne filtrant que le meilleur.

Amalgamant les époques, Magnifique réussit également à mélanger le styles, son écoute étant tout sauf grise et monotone. Si on retrouve, tel qu’expliqué ci-dessus, le « vrai » son de Ratatat (ou du moins, ce à quoi il ressemble aujourd’hui puisque combinant tous les éléments l’ayant formé), on y a également droit à certaines déviations très intéressantes. Pensons d’abord aux sonorités à-la-The-Strokes qu’on retrouve sur AbrasivePricks of Brightness ou encore I Will Return, que ce soit au niveau des rythmiques, carrées et compactes, ou des mélodies et sons de guitares. Notons également les moments plus « tropicaux» de l’album, issus d’une fine utilisation de la slide guitar, des titres comme Drift nous emmenant presque sur la Plastic Beach de Gorillaz. Finalement, n’oublions pas les quelques interludes, judicieusement placées, qui tendent à de rares reprises à nous sombrer dans une facette obscure du groupe, pour ensuite nous ramener à la lumière. Oui, Ratatat joue avec nos émotions!

On se demandait si le duo new-yorkais allait bientôt ressurgir. L’annonce du projet Abuela (avec E*Vax), qui finalement n’a jamais vu le jour, laissait craindre la fin de Ratatat. Dans mon cas, cela faisait déjà un bon moment que la lecture en boucle des albums précédents était arrivée à un point frôlant le ridicule, tellement elle fut répétée et soutenue. Eh bien, cette attente et cette fidélité furent payantes, car Magnifique est définitivement une des œuvres les plus intéressantes du groupe à ce jour, un succès sur toute la ligne. On dit que les titres de l’album furent triés et choisis parmi un total d’environ quatre-vingt pièces; la sélection et la minutie seraient-elles sources des plus grandes réussites musicales?

Ma note : 9/10