Ma bouche est remplie de dents contre toi! Quoi? Vais-je te parler d’un animal à crocs ou d’une bebitte a poils qui va te donner la rage en te mordant le bras…? Pas tout à fait… Je vais plutôt te parler de La Caverne, le tout dernier album de nos « powerpopeux » préférés, Malajube! Et si vous vous le demandez… oh que oui, ça mord! Loin des stéréotypes pop-rock imposés par les courants mainstreams américains, Malajube a toujours su nous livrer du matériel à la fois léger, voire bonbon, mélodique et endiablé. Le phénoménal Trompe-l’oeil nous le rappelle bien, tout comme leur avant-dernier album, le beaucoup moins commercial mais combien excellent Labyrinthes. Maintenant, avec La Caverne, les gars de Malajube voient plus loin et réussissent habilement à nous faire passer le message.

Le premier point à savoir, lorsqu’on s’apprête à écouter La Caverne, est le suivant: ça n’a rien à voir, ou presque (j’y reviendrai), avec Labyrinthes. Ceux qui, un peu comme moi (votre fidèle serviteur), considéraient Labyrinthes comme une évolution musicale plus qu’intéressante et qui croyaient que seuls quelques ajustements permettraient au groupe de conserver cette nouvelle « élasticité » musicale tout en regagnant leur part du marché musical de l’époque de Trompe-l’oeil (on parle d’environ 50 000 copies vendues pour Trompe-l’oeil, contre seulement 20 000 pour Labyrinthes), seront probablement un peu abasourdis. La Caverne, c’est sans contredit l’album le plus pop que le groupe aie accouché à ce jour. Julien Mineau dira d’ailleurs en entrevue, à l’hebdomadaire Voir (http://voir.ca/musique/2011/11/03/malajube-comme-un-funambule/), que La Caverne «[…]est pop, c’est vrai. La pièce Ibuprofène est sans doute la plus conventionnelle qu’on ait jamais enregistrée, et ce n’est pas notre préférée non plus. Mais parfois, on peut se permettre de décrocher un peu et de cesser de vouloir être nouveau et original à tout prix».

C’est exactement ce que les gars ont fait ici: ils ont cessé de vouloir être nouveaux et originaux à tout prix. Non que je sois nécessairement un ultra-progressiste ou un anti-conservateur trop dévoué à sa cause qui ne voit aucune raison d’être à une quelconque forme d’état de stagnance ou de régression, j’affirme tout de même que La Caverne a perdu un cran, si on la compare à Labyrinthes, du point de vue de la profondeur musicale. On constate en effet rapidement que moins d’intérêt à été porté envers les longues évolutions progressives et planantes, au profit des refrains plus accrocheurs et des rythmes pop un peu disco. Attention: il ne faut pas généraliser, certains passages de l’album sont d’une sonorité très large et auraient très bien pu être sur l’album précédent; pensons simplement à Le stridor, avec sa longue finale psychédélique. C’est d’ailleurs là que surgit ma contre-thèse: La Carverne a beaucoup en communn avec Labyrinthes.

Ouf, où veux-je en venir? Si vous êtes confus, ne lâchez pas et continuez votre lecture, peut-être me comprendrez-vous mieux. Si La Caverne est définitivement un album pop (ce qui, en passant, n’enlève rien à rien), ce n’est pas pour autant de la petite pop conventionnelle de cousine. Les gars ont conservé ce côté génial, ce petit quelque chose qu’ils réussissent beaucoup mieux qu’un large éventail de groupes de partout; ils ont conservé ce son mystérieux, feutré, nuageux, largement occupé par les keyboards, développé sur leur précédent opus. Écoutez les pièces La caverne et Sangsues vous verrez qu’ils n’ont rien perdu de leur rythmiques lourdes; tournez-vous plutôt vers Mon oeil et vous découvrirez une pièce qui n’est pas sans réveiller des airs de déjà-vu  »us-and-themiens » dans notre coeur. Le blizzard, de son côté, représente très bien tout le côté disco et dansant de Malajube, celui qui risque de les aider à vendre des albums: c’est solide, c’est assez-rapide-mais-pas-trop, rythmé et énergique, tout le potentiel d’un hit radio y est. Et parlant de hit radio, il ne faut pas oublier la merveilleuse Synesthésie, pièce d’ouverture de l’album, qui a figuré d’innombrables jours, voire semaines, en première position dans les charts rock du Québec. Les gars de Malajube doivent être fiers d’avoir gagné leur pari, celui d’user d’audace pour redonner l’accessibilité à un produit pourtant bien différent de la norme.

Je conclurai donc sur une note positive, puisque je vous garantis qu’ils la méritent. J’ai eu l’occasion de les voir en spectacle quelques fois cette année, que ce soit au Festival d’été de Québec, au Théâtre Petit-Champlain ou encore à l’Impérial. Chacune de ces performances avaient quelque chose en commun, un point fort qu’on ne peut pas ignorer: j’avais affaire à un groupe rock, et non un simple quatuor powerpop-rock bonbon! Si vous aimez la construction de La Caverne mais lui trouvez un son trop léger, ne vous empêchez pas d’aller les voir en spectacle. Je vous garantis que vous allez brasser la tête plus que vous ne l’imaginez une fois que les gars vont commencer à jouer, les lignes de basse vous sembleront étrangement si pesantes maintenant! La Caverne est complètement différente sur album et en concert, mais aurait en mon sens du conserver plus de cette saveur rock du live pour l’immortaliser sur la version studio. Je ne me plaindrai toutefois pas, puisque dans l’un comme dans l’autre, le résultat est très intéressant.

Ma note: 7,6/10

Partager sur